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Pollution & Santé

Le haricot au Mali : un allié discret mais vital contre la malnutrition

Hadiaratou TOGO 28/03/2026 160 vues
Le haricot au Mali : un allié discret mais vital contre la malnutrition
Source: Pixabay, image libre de droits - Haricots secs prêts à cuire

Au Mali, la malnutrition chronique touche plus d’un enfant sur quatre de moins de cinq ans, selon l’UNICEF. Pourtant, un aliment simple, local et accessible pourrait contribuer à inverser cette tendance : le haricot. Présent dans les assiettes maliennes, il reste encore sous-valorisé malgré ses qualités nutritionnelles et son rôle potentiel dans la lutte contre la malnutrition. Dès lors, une question se pose : pourquoi un aliment aussi riche et disponible en théorie peine-t-il encore à s’imposer comme un pilier de l’alimentation quotidienne ?

À Bamako comme dans de nombreuses régions du pays, cette légumineuse s’invite régulièrement dans les repas, que ce soit accompagnée de sauce, en ragoût ou transformé en galettes. Derrière cet aliment du quotidien se cache pourtant une richesse nutritionnelle essentielle.

Selon le nutritionniste Kassoum Sokona, le haricot constitue une source importante de protéines végétales, indispensables à la construction et à la réparation des tissus. Il apporte également des fibres favorisant la digestion, des glucides complexes qui fournissent une énergie progressive, ainsi que des minéraux comme le fer, le potassium, le magnésium et le zinc. À cela s’ajoutent des vitamines du groupe B, notamment B1, B6 et les folates, essentielles au bon fonctionnement de l’organisme.

Dans un contexte où l’accès aux protéines animales reste limité, cette légumineuse apparaît ainsi, selon le nutritionniste Kassoum Sokona, comme une alternative locale à la fois nutritive et accessible.

Un rôle clé dans la lutte contre la malnutrition


La malnutrition demeure un défi majeur au Mali. Dans ce contexte, le haricot se présente comme une solution concrète. « Il est riche en nutriments et reste abordable pour les populations », explique Kassoum Sokona. Chez les enfants, il contribue à la croissance grâce à ses protéines et à son apport en fer. Chez les femmes enceintes, ses folates participent à la prévention de l’anémie et au développement du fœtus. Les personnes âgées bénéficient également de ses effets sur la digestion et la santé cardiovasculaire.

Mais sur le terrain, la réalité est plus contrastée. Si la légumineuse est reconnue pour ses bienfaits, sa consommation reste inégale selon les contextes sociaux et économiques.

Ousmane Keita, chef de famille et responsable militaire, évoque une consommation régulière : « En famille, nous consommons le haricot au moins une fois par semaine, chaque vendredi. Au centre, ce sont les recrues qui en mangent trois fois par semaine. C’est un aliment facile à digérer, abordable et très apprécié lors des sacrifices. »

À l’inverse, d’autres ménages en consomment de manière plus occasionnelle. À Sélingué, Souleymane Traoré, enseignant au second cycle, explique en manger « au maximum deux fois par mois », évoquant notamment le temps de préparation et le coût parfois élevé.

Cette contrainte économique est également soulignée par Madou Diarra, chef de famille et père de deux enfants de moins de dix ans. « Le haricot est devenu très cher sur le marché. Le kilo coûte environ 1 000 francs, ce qui reste élevé pour la majorité des consommateurs », explique-t-il. Dans son foyer, la consommation reste ponctuelle, souvent liée à des moments spécifiques : « Nous en consommons surtout lors d’événements mémoriels, comme les anniversaires de nos défunts. »

Ainsi, malgré ses qualités nutritionnelles reconnues, l’accessibilité économique du haricot constitue encore un frein pour une partie des ménages.

Consommation et précautions

Malgré ses nombreux atouts, le haricot doit être consommé de manière adaptée. Les besoins varient selon l’âge, l’activité physique et l’état de santé. Certaines personnes peuvent ressentir des ballonnements liés à sa richesse en fibres, et des cas d’allergies existent, bien que rares.

« Il est important d’adapter la consommation à chaque individu »
, rappelle Kassoum Sokona, insistant sur la nécessité d’une alimentation équilibrée.

Préparation : des gestes simples pour maximiser les bienfaits


La préparation joue un rôle déterminant dans la qualité nutritionnelle de la légumineuse. Le trempage pendant plusieurs heures avant la cuisson permet de réduire certains composés responsables d’inconforts digestifs. Une cuisson adaptée, associée à une limitation du sel et des matières grasses, améliore sa digestibilité tout en préservant ses nutriments.

Associer le haricot à des céréales comme le riz ou le mil permet également d’obtenir des protéines de meilleure qualité. « Diversifier les méthodes de préparation est essentiel », souligne Kassoum Sokona. « Il peut être consommé en galettes, en ragoût ou transformé en farine, et chaque forme conserve ses nutriments si elle est bien préparée. »

Entre culture et perceptions sociales

Au-delà de ses qualités nutritionnelles, le haricot est profondément ancré dans la culture malienne. Aliment courant et apprécié, il occupe une place importante dans les habitudes culinaires et les événements sociaux.

Dans certaines familles, la préparation du haricot, lorsqu’elle coïncide avec la venue d’un visiteur, symbolise le bonheur. Il est également présent lors de grandes cérémonies, comme les baptêmes, les mariages ou les sacrifices.

« C’est un aliment très utilisé dans nos traditions », souligne Souleymane Traoré, évoquant notamment sa présence dans des plats comme le fari. Madou Diarra insiste également sur cette dimension symbolique : « C’est un plat que nous préparons lors de cérémonies ou de retrouvailles. On dit aussi que c’est un plat porte-bonheur. »

Entre pratiques sociales et héritage culturel, le haricot dépasse ainsi son simple rôle alimentaire pour devenir un véritable marqueur de convivialité et de partage.

Mieux valoriser un aliment du quotidien


Malgré sa présence dans les assiettes, le haricot reste encore sous-valorisé. Au-delà des habitudes, cette situation interroge également le manque de sensibilisation autour de ses bienfaits nutritionnels.

Une meilleure valorisation, tant au niveau des politiques alimentaires que des pratiques quotidiennes, pourrait encourager sa consommation régulière, notamment chez les enfants et les femmes enceintes, particulièrement exposés aux carences nutritionnelles.

Facile d’accès, riche en nutriments et ancré dans les traditions locales, le haricot constitue pourtant une solution durable pour améliorer la qualité de l’alimentation et renforcer la sécurité nutritionnelle au Mali.

À la croisée de la nutrition, de la culture et des enjeux de santé publique, le haricot s’impose comme un aliment stratégique au Mali. Entre savoirs traditionnels, réalités économiques et limites d’accessibilité, sa valorisation apparaît comme un levier concret pour lutter contre la malnutrition.

Car au-delà des habitudes alimentaires, chaque assiette de haricot consommée est aussi un pas vers une meilleure santé pour les générations présentes et futures.
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